Club de filles
Un lieu sûr, une adulte de confiance, des filles qui veillent les unes sur les autres.
[À vérifier : Après combien de jours d'absence les membres du club prennent des nouvelles (pratique des partenaires à confirmer)]
Les règles du club
- À faire : Personne n'est obligée de répondre.
- À faire : Ce qui se dit au club reste au club, sauf en cas de danger.
- À faire : Une absente depuis plusieurs jours : on prend de ses nouvelles.
- À éviter : Raconter l'histoire d'une fille devant le groupe.
- À éviter : Laisser des élèves discuter avec les parents d'une absente.
Créer le club
- Deux animatrices : une enseignante de confiance, responsable, et une co-animatrice un peu plus âgée que les filles (ancienne élève, jeune femme du quartier), connue et acceptée.
- La direction et les parents sont informés. Présentez les thèmes ouvertement : école, santé, avenir. Demandez l’accord écrit des parents.
- Lieu et horaire choisis avec les filles : un endroit sûr, à l’abri des regards, à une heure où elles peuvent venir. Une fois par semaine, toute l’année.
- Invitez d’abord les filles les plus exposées : celles qui vivent chez un oncle, une tante ou un tuteur, dont les parents sont séparés, qui redoublent ou qui manquent souvent.
Une séance type, environ une heure
- Accueil : nouvelles, rappel des règles.
- DEMANDER : une question au groupe (« Qui décide du mariage chez nous ? »).
- FAIRE : une histoire, un jeu de rôle, un dessin.
- DIRE : le message clé, en quelques phrases.
- À retenir : une phrase, et à qui parler en cas de problème.
Quand une camarade manque
- Après deux ou trois jours d’absence, l’animatrice décide avec l’enseignant·e de confiance s’il faut prendre des nouvelles.
- Deux membres y vont ensemble, avec l’accord de l’animatrice : « On voulait savoir comment tu vas. On t’attend au club. »
- Elles ne questionnent pas les parents, ne se disputent pas, ne promettent rien.
- Elles racontent tout de suite à l’animatrice. Voyage annoncé, fiançailles, retrait de l’école : l’enseignant·e de confiance transmet le jour même.
C’est ce que font les membres des clubs de nos partenaires au Togo : elles rendent visite aux camarades absentes depuis plusieurs jours et demandent ce qui se passe.
Pour aller plus loin : un programme pour l'année
Un ordre possible, une séance par semaine, d’après le guide « Espaces sûrs » (Niger) et Girl Shine (IRC) :
- Confiance (séances 1–3) : se connaître, fixer les règles, « mes personnes de confiance ».
- Ma voix (4–8) : estime de soi, dire non, pression des autres, décider, mes buts et mes rêves.
- Mon corps et mes relations (9–12) : puberté, règles, amour, petit ami, pression pour se marier, consentement.
- Ma sécurité et mes droits (13–19) : carte du quartier (lieux sûrs et dangereux), la loi au Togo, mariage précoce et conséquences, signes d’alerte, aider une amie, les numéros d’aide.
- Mon avenir (20–23) : rester à l’école, métiers, argent et épargne.
- Solidarité (24–26) : préparer une causerie, fête avec les parents, plan avant les vacances.
L’exercice « dire non » (séance 1 du guide « Espaces sûrs ») : les filles nomment les pressions qu’elles vivent, puis s’entraînent à dire non, ensemble, jusqu’à ce que chacune ose.
« Un non court, fort et catégorique renvoie vite et efficacement l’autre personne tandis qu’un non mou et mitigé peut encourager à la manipulation. »
La séance « numéros d’aide » au Togo : enseignant·e de confiance, Affaires sociales, Allô 1011 jour et nuit, police 117, gendarmerie 172, numéro vert 8250 pour un problème à l’école. Les filles apprennent au moins un numéro par cœur.
Avant les vacances : chaque fille qui part au village sait qui appeler et comment, et où trouver un téléphone. Dans les situations suivies par nos partenaires, le danger revient souvent pendant les vacances et à la rentrée.
Parler aussi d’amour. Les mariages précoces ne sont pas tous arrangés par les parents : une grossesse, un petit ami qui presse, une fugue. Abordez-le sans faire la morale.
Pour aller plus loin : ce que montrent les études, et les pièges
« Ces espaces augmentent l’accès des filles à l’information, à des adultes de confiance, à leurs pairs et aux services. »
- Ouganda (programme ELA de BRAC) : des clubs animés par une jeune mentore du quartier ont réduit de 62 % le mariage ou la vie en couple, mesuré après quatre ans (BRAC/UNFPA, 2023).
- Éthiopie (Berhane Hewan, évaluation 2007) : les filles de 10 à 14 ans du projet étaient 90 % moins souvent mariées. Mais chez les plus âgées, les mariages semblaient arriver plus tard dans l’adolescence : ils ont été reportés, pas empêchés.
- Revue de l’UNICEF (Malhotra & Elnakib, 2021) : les programmes à plusieurs volets n’ont marché que dans 4 évaluations sur 11. Ce qui compte : la qualité, et garder les filles à l’école.
Retenir : un club seul ne suffit pas. Il doit être relié à l’enseignant·e de confiance, à l’équipe d’intervention et au soutien scolaire.
Les absences comme signal. Repère utilisé en Ouganda (SAGE-DREAMS) : plusieurs jours d’absence de suite, ou 10 % du temps de classe manqué dans le trimestre, ou une chute soudaine des notes.
Pièges fréquents
- Parents opposés. Au programme ELA, ce qui était dit sur le mariage et la santé sexuelle allait souvent contre les normes de la communauté. Informez avant, invitez les parents à une séance ouverte.
- Animatrice non formée. Au programme ELA, des mentores ont attendu des mois avant leur formation. Formez avant la première séance, puis accompagnez.
- Visites qui exposent. Une visite peut attirer l’attention sur une fille. Allez-y discrètement, jamais en groupe.
« Il importe de tenir compte des conséquences des visites à domicile, afin de s’assurer de ne pas exposer l’enfant ou la famille à un danger supplémentaire (ex. : en attirant l’attention des voisins/de la communauté sur l’enfant et sa famille). »
- Photos et listes. Pas de photo des membres sur les réseaux, pas de liste de noms affichée.
- Confidentialité mal expliquée. Dites dès la première séance : « Si l’une de vous est en danger, je préviendrai l’enseignant·e de confiance, et je te dirai à qui. »
Et maintenant ?
Enseignant·e de confianceSources et mise à jour
- Women's Refugee Commission – Safe Spaces for Preventing Child Marriage and Supporting Married Girls (2022)
- Initiative Spotlight / UNFPA Niger (Illimin) – Guide du mentor « Espaces sûrs », livret 2 (15–19 ans)
- IRC – Girl Shine Life Skills Curriculum (2018)
- Population Council – Building Girls' Protective Assets (2016)
- Population Council – Making the Most of Mentors (2019)
- BRAC / UNFPA – Adolescent empowerment at scale (2023), programme ELA, Ouganda
- Population Council – Evaluation of Berhane Hewan, Éthiopie (2007)
- Malhotra & Elnakib (UNICEF, 2021) – Evidence review on child marriage prevention
- World Vision Uganda – SAGE-DREAMS Early Warning System for School Dropouts
- Alliance CPHA – Lignes directrices interagences pour la gestion de cas et la protection de l'enfance
- Expérience de terrain de nos partenaires au Togo
Mis à jour le 25 octobre 2026