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Déclaration communautaire

Une déclaration publique montre que tout le quartier change de règle ensemble. Elle termine un long dialogue, elle ne le remplace pas.

[À vérifier : Wortlaut der Erklärung von Togblékopé (2016) fehlt]

[À vérifier : Keine Evaluation, ob Gemeindeerklärungen Kinderheirat (nicht FGM) dauerhaft senken]

Ce qui rend une déclaration utile

Pourquoi une déclaration publique ?

Une famille seule n’ose pas changer : elle a peur d’être montrée du doigt. La déclaration rend le changement visible pour tous. Tostan, qui accompagne ces déclarations au Sénégal, l’explique ainsi :

« Les pratiques de l’excision et du mariage d’enfant reposent sur des normes sociales partagées, ce qui rend difficile pour une personne d’y renoncer seule. Une déclaration publique permet à chacun de voir que la communauté adopte une nouvelle norme, ce qui réduit la peur d’être exclu. »

Les étapes

  1. Dialogue chez le chef avec les chefs de quartier, imams, pasteurs, notables : le mariage des enfants existe-t-il ici ? Pourquoi ? Quelles conséquences ? Quelles solutions locales ?
  2. Causeries pendant plusieurs mois avec les parents, les femmes, les jeunes, chaque communauté religieuse (voir la page Familles).
  3. Rédaction du texte par un petit groupe mixte, à partir du modèle ci-dessous.
  4. Proclamation publique, avec les gestes de la tradition, en présence des autorités locales et des Affaires sociales.
  5. Partage avec les quartiers et villages voisins.
  6. Bilan public après un an.

Modèle de déclaration

À recopier et à adapter ensemble ; les « … » sont à remplir.

Déclaration du quartier (ou village) de … – Fait à …, le …

Nous, chefs, notables, imams, pasteurs, responsables traditionnels, femmes, jeunes, enseignant·es et parents de …, après … mois de discussions, déclarons ensemble :

Considérant que la loi togolaise interdit le mariage avant 18 ans et la promesse d’enfants en mariage ; que nos religions demandent le consentement et protègent la vie ; que nos filles ont droit à l’école,

Nous nous engageons à :

  1. ne célébrer, n’accepter et ne promettre aucun mariage d’une personne de moins de 18 ans ;
  2. vérifier l’âge et demander à la jeune fille, sans sa famille, si elle est d’accord, avant d’accepter la cola ou la dot ;
  3. garder les filles à l’école, y compris celles qui redoublent ;
  4. créer un comité de veille (chef, imam, pasteur, direction d’école, une femme, un·e jeune) qui se réunit chaque mois ;
  5. signaler tout projet de mariage d’enfant au comité ou aux Affaires sociales ;
  6. faire un bilan public chaque année ;
  7. partager cette décision avec nos voisins.

Signatures : chefs, religieux, représentantes des femmes, des jeunes, de l’école. Témoins : autorités locales.


Après la déclaration

Pour aller plus loin : ce que montrent les preuves (honnêtement)
  • Une déclaration seule ne suffit pas. La Déclaration de Notsè (2013) des chefs traditionnels et religieux du Togo n’a pas réduit le phénomène de façon significative, selon le BICE (2018). Son texte condamne le mariage des enfants mais ne contient aucun engagement vérifiable sur le mariage : ni contrôle de l’âge, ni comité, ni date de bilan.
  • Le dialogue communautaire peut marcher. Au Burkina Faso, des discussions communautaires ont réduit d’environ deux tiers le risque de mariage des filles de 15 à 17 ans (Population Council, 2020 ; preuve d’un niveau moyen).
  • Tostan : l’évaluation externe montre surtout plus de connaissances, sans chiffres sur les mariages. Le recul de plus de moitié de l’excision dix ans après les déclarations, cité par Tostan d’après l’UNICEF, concerne l’excision, pas le mariage.
  • Niger : selon le programme UNFPA-UNICEF, 250 communautés ont fait une déclaration publique après 6 à 12 mois de dialogue (2017). C’est un rapport de programme, pas une évaluation indépendante.
  • Les comités venus de l’extérieur s’arrêtent souvent quand le financement s’arrête. Le facteur de réussite le plus fort est que la communauté porte elle-même le projet (Wessells, 2009).
Pour aller plus loin : exemples à connaître
  • Loumbi Sanarabe (Sénégal, 2025) : 34 communautés, près de 500 personnes, après des programmes d’éducation depuis 2013. Le chef de village : « autorités coutumières, religieuses, groupements de femmes et de jeunes ont été consultés » (Tostan).
  • Zinder (Niger) : dialogue « dans la cour du chef avec 25 chefs de villages et de quartiers » ; les chefs ont demandé des comités de vigilance dans les villages et quartiers (Médiateur de la République).
  • Boucle du Mouhoun (Burkina Faso) : 44 chefs traditionnels vérifient l’âge des filles et des garçons avant tout mariage et parlent aux parents en cas de risque (Save the Children).
  • Dosso (Niger, 2015) : les chefs ont proposé un « comité de surveillance des mariages précoces (Iman, chef de village, directeurs d’école) » (UNFPA/ACTN).
  • Sanaba et Solenzo (Burkina Faso, 2018) : message aux chefs et imams : « Vérifiez l’âge avant d’accepter la cola » ; deux comités de dix « champions » sensibilisent ensuite (Burkina24).
  • Chamuka (Zambie) : des règles locales qui marchent « parce qu’elles sont dictées par la communauté et non pas imposées par le chef » (Save the Children).
  • Togo : Déclaration de Notsè (2013) et engagement de Togblékopé (2016), mentionnés par le Togo devant le Comité des droits de l’enfant.
Pour aller plus loin : pièges à éviter
  • Sanctions et destitutions provoquent de la résistance. Au Malawi, une cheffe a annulé 330 mariages d’enfants et suspendu des chefs de village en 2015 ; la résistance était forte surtout là où la dot était déjà payée (UN Women).
  • Mariages cachés : là où la pression augmente, des mariages se font la nuit ou ailleurs (Girls Not Brides, 2026).
  • Intérêt personnel et fin de projet : certains chefs utilisent le sujet pour eux-mêmes ; l’engagement baisse quand l’ONG part (Save the Children). Pas d’indemnités qui transforment le bénévolat en emploi.
  • Les familles venues d’ailleurs (par exemple du Niger ou du Nigeria) doivent être à la table, avec leurs anciens et leurs imams. Sinon la déclaration reste « l’affaire des autres ».
  • Aucune fille ne doit parler de son histoire pendant la fête ni être nommée.

Et maintenant ?

Religion et mariage des enfants
Sources et mise à jour

Mis à jour le 25 octobre 2026