Téléphone d'alerte
Elle entend parler d'un mariage. Elle appelle. Elle n'intervient pas elle-même.
[À vérifier : Nombre de femmes, choix et équipement des téléphones chez nos partenaires : non documentés]
[À vérifier : Coût d'un téléphone simple et du crédit au Togo, à indiquer en FCFA et en € (1 € = 655,957 FCFA)]
Le rôle de la femme d'alerte
- À faire : Appeler tôt, même sans certitude.
- À faire : Dire seulement ce qu'elle a vu ou entendu.
- À faire : Garder le téléphone chargé, avec du crédit.
- À éviter : Aller voir la famille elle-même.
- À éviter : Emmener la fille sans l'équipe.
- À éviter : Dire à d'autres qu'elle a donné l'alerte.
Choisir les femmes
- Respectées et discrètes, bien reliées au quartier : marché, fêtes, mosquée ou église. Ce sont souvent des femmes âgées : elles apprennent parmi les premières qu’un mariage se prépare.
- Choisies ensemble par le chef, l’imam ou le pasteur, le groupement de femmes et l’équipe d’intervention.
- Plusieurs par quartier, pour qu’aucune ne porte tout seule.
- Bénévoles : elles reçoivent un téléphone et du crédit, pas une prime par alerte.
Quand appeler
- On parle d’une date de mariage ou de fiançailles pour une fille de moins de 18 ans.
- La famille a accepté une dot, de l’argent ou des animaux.
- On prépare un voyage au village pour la fille, surtout avant les vacances.
- La fille ne va plus à l’école ou manque depuis plusieurs jours.
- La fille demande de l’aide.
En cas de doute, elle appelle. L’équipe vérifie.
Qui appeler, que dire
- L’équipe d’intervention : deux numéros enregistrés dans le téléphone.
- Danger immédiat et personne ne répond : police 117 ou gendarmerie 172. Allô 1011, jour et nuit.
À dire : qui (prénom, âge), où, quand (date, départ), ce qui est prévu, comment elle le sait. Par exemple : « J’ai entendu au marché que la fille de [prénom], 14 ans, part au village samedi pour être mariée. »
Après l’appel
- L’équipe vérifie et agit avec les autorités : Affaires sociales, police ou gendarmerie, chef, imam ou pasteur.
- La femme continue sa vie normale. Elle ne pose pas de questions dans la famille et ne répand pas la nouvelle.
- L’équipe la rappelle pour dire, sans détails, que l’alerte a été suivie. Sans retour, on n’appelle plus.
Pour aller plus loin : le téléphone et la sécurité de la femme
Le téléphone
- Un téléphone simple, réservé aux alertes, toujours chargé, avec du crédit.
- Les numéros de l’équipe enregistrés sous un nom neutre.
- Effacer l’historique des appels d’alerte.
- Perte ou vol : prévenir l’équipe tout de suite.
Protéger celle qui alerte
- L’équipe ne dit jamais d’où vient l’information, ni à la famille, ni au chef, ni à d’autres femmes.
- Pas de liste de noms affichée, pas de photo des femmes d’alerte.
- Menaces : elle prévient l’équipe, qui en parle avec la police ou la gendarmerie. Elle n’est pas seule face à la famille.
Un petit code de conduite (à relire ensemble chaque année)
- J’alerte, je n’enquête pas.
- Je dis ce que j’ai vu ou entendu, pas des rumeurs.
- Je ne vais pas chez la famille et je n’emmène pas la fille seule.
- Je garde pour moi les noms et ce que l’équipe me dit.
- Je n’accepte ni argent ni cadeau en lien avec une alerte.
Faire vivre le réseau : des réunions régulières entre les femmes, l’équipe, le chef et l’imam ou le pasteur. On y parle de ce qui a marché, des difficultés, des nouvelles femmes à associer.
Pour aller plus loin : pourquoi ça marche, ce qui le fait échouer
Un exemple de nos partenaires au Togo. Des femmes du quartier gardent un téléphone et alertent l’équipe d’intervention dès qu’elles entendent parler d’un mariage. Une alerte arrivée juste avant un départ au village a permis à l’équipe de partir dans la nuit et d’arriver à temps.
Le guide togolais de 2015 demande déjà ce type de veille dans les communautés :
« Encourager les communautés à mettre en place des dispositifs de veille et de contrôle. Ces dispositifs communautaires doivent faciliter la dénonciation des cas ou des tentatives de mariages précoces. »
En 2018, le BICE a noté devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU que la ligne verte nationale était peu utilisée, et a recommandé à l’État togolais de créer des mécanismes d’alerte précoce dans les cantons.
En Guinée (commune de Ouré-Kaba, UNICEF), un système d’alerte relie leaders religieux, femmes mentors, enseignant·es et agents de santé ; les travailleur·ses sociaux ont reçu des téléphones avec du crédit. Après une alerte : travailleur social, comité de protection, demande de l’extrait de naissance, réunion avec les sages, les parents et le futur époux, gendarmerie si nécessaire.
Ce que dit la recherche. Les groupes communautaires de protection sont peu évalués : la plupart des études ne mesurent qu’après coup (Wessells, 2009). Deux facteurs ressortent :
« Les liens avec les systèmes formels ont été déterminants pour soutenir le travail des groupes communautaires. » – « De loin, le facteur le plus important de durabilité était l’appropriation par la communauté. »
Ce qui fait échouer un réseau
- Une femme qui dépasse son rôle et va négocier seule : elle se met en danger, et la fille aussi.
- Un réseau parallèle aux autorités, sans lien avec les Affaires sociales ni la police.
- Des primes : selon Wessells, l’argent peut miner le bénévolat.
- Un réseau créé de l’extérieur, qui s’arrête quand le financement s’arrête.
- Des alertes sans retour : les femmes cessent d’appeler.
Et maintenant ?
IntervenirSources et mise à jour
- Expérience de terrain de nos partenaires au Togo
- RELUTET/ROMAESE – Guide de prévention et de prise en charge des enfants victimes de mariage précoce (2015), chap. II.1
- BICE – Exposé écrit A/HRC/38/NGO/104 : Togo, mariages d'enfants, précoces et forcés (2018)
- UNICEF Guinée – Les jeunes filles leaders engagées pour mettre fin au mariage des enfants (2022)
- Wessells / Save the Children UK (2009) – What are we learning about protecting children in the community?
Mis à jour le 25 octobre 2026