Le modèle de prévention
L'école, la communauté et les institutions travaillent ensemble. Aucun élément ne suffit seul.
Le chemin d’une alerte
- Un signal arrive : une élève parle, un mot dans la boîte, une absence, un appel d’une femme du quartier.
- L’équipe d’intervention est prévenue le jour même.
- Les autorités sont associées : Affaires sociales, police, imam ou chef.
- La fille est protégée, chez une personne de confiance si nécessaire.
- L’école continue. C’est le but de tout le système.
Ce qui marche
Garder les filles à l’école et les clubs de filles sont les moyens les mieux prouvés. Le système fonctionne quand la communauté le porte et qu’il est relié aux services de l’État.
Par où commencer ?
- Qui apprend en premier qu’un mariage se prépare ? Partez de ces personnes.
- Parlez avec la direction de l’école, l’imam ou le pasteur, le chef.
- Commencez par un seul élément, puis ajoutez les autres.
Pour aller plus loin : qui fait quoi
Le modèle de nos partenaires au Togo a trois cercles et un but : la réussite scolaire des filles.
À l’école
- Direction : nomme les responsables, garantit la confidentialité, transmet aux autorités.
- Enseignant·es de confiance (au moins une femme) : écoutent, notent, transmettent, ouvrent la boîte.
- Club de filles : une enseignante et une co-animatrice ; les membres prennent des nouvelles des absentes.
Dans la communauté
- Femmes d’alerte avec téléphone : elles entendent, elles appellent.
- Imams, pasteurs, chefs : refusent de célébrer un mariage d’enfant, soutiennent l’équipe face aux familles. Chez nos partenaires, des imams sensibilisés ont refusé de marier des filles, et des mariages déjà conclus ont été annulés.
- Parents : sensibilisés, et parfois partenaires quand ils acceptent qu’une fille vive chez une mère d’accueil.
Les institutions
- Affaires sociales : évaluent la situation de l’enfant, accompagnent l’accueil, font le lien avec le juge des enfants.
- Police 117, gendarmerie 172 : protection immédiate, enquête.
- Juge des enfants : mesures de protection.
- Allô 1011 : écoute et signalement, jour et nuit.
Au centre : l’équipe d’intervention. Tous les signaux arrivent chez elle. Elle évalue, alerte les autorités, organise l’accueil et le suivi. Là où il n’y a pas d’association, ce rôle peut revenir à un groupe formé avec les Affaires sociales.
Pour aller plus loin : monter le système étape par étape
- Faire l’état des lieux. Qui apprend en premier qu’un mariage se prépare ? Quels moyens existent déjà (club, comité, enseignante écoutée) ?
- Gagner les personnes clés, en privé d’abord : direction, imam ou pasteur, chef, groupement de femmes.
- Fixer les contacts avant le premier cas : Affaires sociales, commissariat ou brigade, et qui appelle qui, même la nuit et pendant les vacances.
- À l’école : nommer deux enseignant·es de confiance, installer la boîte, lancer le club.
- Dans le quartier : choisir quelques femmes d’alerte, leur donner un téléphone.
- Trouver des mères d’accueil avant d’en avoir besoin, et prévoir une remplaçante.
- Faire le point chaque année : combien d’alertes, ce qui a été fait, ce qui a manqué.
Règle d’or : n’ajoutez un moyen d’alerte que si quelqu’un peut réagir derrière. Une boîte que personne n’ouvre fait plus de mal que pas de boîte.
Lien avec l’État. Le modèle ne remplace ni les Affaires sociales, ni la police, ni le 1011 : il les fait intervenir plus tôt. Le guide togolais de 2015 le recommande :
« Encourager les communautés à mettre en place des dispositifs de veille et de contrôle. Ces dispositifs communautaires doivent faciliter la dénonciation des cas ou des tentatives de mariages précoces. »
Pour aller plus loin : ce que dit la recherche
- Garder les filles à l’école est le moyen le mieux prouvé. Au Niger, un logement près du collège avec soutien scolaire a réduit d’environ 50 % le mariage des filles (Banque mondiale, 2024). La revue de l’UNICEF (Malhotra & Elnakib, 2021) trouve des effets positifs dans les 5 études sur le soutien à la scolarité.
- Clubs de filles : en Ouganda, le programme ELA a réduit de 62 % le mariage ou la vie en couple, après quatre ans (BRAC/UNFPA, 2023).
- Plusieurs éléments ne suffisent pas : selon la même revue, les programmes à plusieurs volets n’ont marché que dans 4 évaluations sur 11. C’est la qualité de chaque élément qui compte.
- Alertes dans la communauté (boîte, téléphone, enseignant·e de confiance) : peu évaluées. Les conditions de réussite sont connues :
« Les liens avec les systèmes non formels, comme la justice traditionnelle et les groupes religieux, ont été très précieux. » – « De loin, le facteur le plus important de durabilité était l’appropriation par la communauté. » – « Éviter d’injecter de grosses sommes d’argent dans une communauté, surtout au début. »
« Les enfants vivent dans des communautés qui favorisent leur bien-être »
Honnêtement : le système complet n’a pas été évalué, et nos partenaires n’ont pas de chiffres globaux. Ce que l’on sait : il réunit les deux moyens les mieux prouvés (école, clubs) et un chemin d’intervention pour l’urgence.
Et maintenant ?
Enseignant·e de confianceSources et mise à jour
- Expérience de terrain de nos partenaires au Togo
- Malhotra & Elnakib (UNICEF, 2021) – Evidence review on child marriage prevention
- Wessells / Save the Children UK (2009) – What are we learning about protecting children in the community?
- Alliance CPHA – Standards minimums pour la protection de l'enfance (2019), résumé, standard 17
- RELUTET/ROMAESE – Guide de prévention et de prise en charge des enfants victimes de mariage précoce (2015)
- Banque mondiale (2024) – Évaluation « Toutes les filles à l'école », Niger
- BRAC / UNFPA – Adolescent empowerment at scale (2023), programme ELA, Ouganda
Mis à jour le 25 octobre 2026